Du 12 avril au 12 mai 2019, l’église Saint-Merry, face au Centre Beaubourg, ouvre quatre de ses espaces à la dessinatrice Carole Texier. L’artiste était ainsi invitée à changer de perspectives tant dans ses modes d’exposition que dans la dimension de ses œuvres : des dessins au fusain de très grand format.

Carole Texier, qui a reçu de nombreux prix de gravure ou de livres d’artiste, avait exposé, jusqu’à présent, des formats petits et moyens dans des institutions culturelles de Paris et de Séville. En effet, c’est entre ces deux lieux qu’elle partage son travail de dessin, de gravure et d’encre.

Pour Saint-Merry, elle se mesure à l’architecture d’un vaste bâtiment du XVIe à forte densité patrimoniale. Elle y insère de nouvelles scénographies, en suscitant le face-à-face entre la culture religieuse sévillane de longue tradition et celle d’un lieu pastoral parisien bien connu, hors norme par sa manière d’associer l’art à l’expression d’une foi ouverte du XXIe.

Avec « Foules », Carole Texier a choisi de développer la partie de son travail qui est en rapport avec la culture sociale et la dévotion populaire des processions de la Semaine Sainte à Séville. Ses œuvres réalisées pour le lieu parisien ne sont pas de simples agrandissements de dessins antérieurs, mais leur réinterprétation artistique : libération du trait, simplification accentuée des figures de crucifié, de souffrant outragé et rendu des foules, celles qui processionnent et celles qui regardent.

À Saint-Merry, quatre espaces, quatre sujets, quatre mises en scène, quatre approches artistiques :

• Transept : en occupant les places des quatre grands retables actuellement en restauration, Carole Texier donne à voir, à la même échelle, quatre façons de saisir le thème de la crucifixion dans les chefs d’œuvre sévillans, des Christ encore vivants ou déjà morts. Les lignes noires sur le fond blanc contribuent à l’unité de cet espace majeur de l’église et visible de toute part ; avec les formes différentes de ses dessins, elle s’adresse à tout homme croyant ou non.


• Bas-côté : en accrochant trois grandes figures sévillanes de Christ aux outrages face à un chef d’œuvre de Saint-Merry, la grande sculpture en bronze éponyme de Pierre de Grauw (1975), Carole Texier rend hommage au sculpteur français, mais mesure à nouveau les rapports entre plusieurs traditions de représentation (bois, bronze) et la sienne (dessin). Pour cela elle joue avec l’architecture des piliers du XVIe et l’espace carré et plus sombre qu’ils délimitent.
 
 

• Le claustra : l’artiste se glisse dans un espace plus intime, avec une multiplicité de petites estampes qui sont des travaux antérieurs : tout se passe comme si elle composait avec les murs de pierre bruts un nouveau livre d’artiste, ouvert simultanément à toutes les pages. Elle pare un espace de la méditation libre et de la découverte artistique.

• Un axe perpendiculaire à la nef : le dernier point fort, et non des moindres, de cette exposition donne le sens à son titre.  Avec ses huit grands dessins de foules, quasi abstraits, mais ancrés dans une tradition picturale renaissante, l’artiste compose une scénographie saisissante axée sur une belle sculpture de Saint-Merry, une pietà du XVIIe. Le regard traverse l’église dans toute sa largeur. Les foules sont ici représentées explicitement alors qu’elles sont absentes des autres dessins représentant  un homme seul, dans la souffrance. Or ces foules y sont pourtant bien présentes, mais en creux : celles que forment les visiteurs et que l’artiste n’a pas besoin de figurer, car elles sont réelles et regardent.
À Séville, la foule est partout ; à Saint-Merry elle est dans le dessin et devant le dessin. La mise en abîme fonctionne grâce à l’architecture du lieu, durant un temps liturgique spécifique : Pâques.
L’artiste aborde la puissance potentielle des foules. Sans le revendiquer, elle demeure fidèle à la structure des Textes : les évangiles sont construits sur les rapports entre un homme et des foules aux passions, attentes et désirs multiples, jusqu’à la menace et à la réclamation de la mise à mort.

Avec « Foules », Carole Texier donne à ressentir que nous sommes membres de ces foules changeantes. Son regard est un miroir tendu aux visiteurs.

Jean Deuzèmes 

12 avril- 12 mai
Eglise Saint-Merry, 76 rue de la Verrerie. Ouvert tous les après-midi
Voir et Dire. Le réseau de l’art contemporain à Saint-Merry
www.voir-et-dire.fr


Vues d'atelier, Séville 

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Videos (vues de l'accrochage et de l'exposition)